En Wallonie, les nouveaux projets reposant sur la mixité fonctionnelle ont-ils leur place face aux règlements urbanistiques actuels ? En matière de développement territorial, mêler les fonctions de logement, de commerce, de bureaux, de culture, tout en tenant compte des enjeux environnementaux et bien entendu de rentabilité, est une démarche d’avenir.

En décembre dernier, nous étions d’ailleurs invités à nous exprimer sur le sujet lors du colloque « Quelle vision pour la Wallonie, en rebond immobilier ? », organisé par le Cercle de Wallonie de Liège. Une excellente occasion pour nous de revenir sur le Free Time Park, un projet de mixité fonctionnelle en cours de développement, sur le site du Val Saint Lambert à Seraing.

Quelle définition pour la mixité fonctionnelle ?

Abondamment citée dans les documents d’aménagement du territoire, la mixité fonctionnelle entend freiner la dispersion des fonctions – logements, commerces, bureaux, loisirs, services, etc. – par leur regroupement dans les centres urbains et dans de nouveaux quartiers, dont tout reste à créer. Dans la définition de Kyoto, on pourrait retenir quatre grandes idées directrices :

  • Le mélange d’activités
  • Leur insertion dans les noyaux d’habitat
  • L’accessibilité de ces zones à pied
  • La réduction des distances parcourues en mode motorisé

A Seraing, dans la banlieue de Liège, le Free Time Park est un très bel exemple de projet multifonctionnel, à l’instar de nombreux autres qui fleurissent partout dans le monde. Bien qu’encore floue dans l’esprit des gens, la mixité fonctionnelle a de beaux jours devant elle et nécessite d’appréhender le territoire et son aménagement de manière holistique.

Le Free Time Park, ambassadeur d’une démarche d’avenir

Cessons de parler de centres commerciaux tels que nous les avons toujours connus ! Ce modèle appartiendra bientôt au passé. Le centre commercial se façonne une nouvelle identité. Le haut lieu du futur, celui que notre société fréquentera volontiers, offre un mix plus équilibré mêlant retail, logement, hôtel, business, culture, loisirs, événementiel.

Face à des initiatives irlandaise, chinoise, ou espagnole, le Free Time Park a remporté le « BEST FUTURA SHOPPING CENTRE » aux derniers MAPIC Award 2019 à Cannes. Quand la ville de Seraing se réinvente et passe à la mixité fonctionnelle, cela donne un projet global estimé à 110 millions d’euros. Bienvenue au Free Time Park, un site industriel désaffecté depuis 30 ans qui laissera bientôt place à des centaines de milliers de mètres carrés dédiés au commerce, aux affaires, aux loisirs et à l’habitat.

Accessible en train, voiture ou bus, le Free Time Park mettra tout en œuvre pour favoriser les déplacements à pied ou à vélo. Sur de courtes distances, le consommateur aura ainsi accès à un village commercial, des parcs de loisirs, un hôtel et des résidences-services, un centre d’affaires, des zones de logements et la fameuse Cristallerie du Val. Toutes ces infrastructures seront alimentées par une centrale énergétique commune, une grande première européenne, en collaboration avec John Cockerill.

Des territoires mixtes pour répondre aux questions de Mobilité et d’Environnement

Les enjeux de la mixité fonctionnelle sont multiples : réduire l’étalement urbain, ce qui a pour effet de favoriser la mixité sociale et de diminuer les trajets motorisés des ménages. Donc d’augmenter les modes de déplacements doux, non-motorisés. Donc de réduire la facture énergétique, et par là, l’empreinte écologique.

En résumé, il s’agit de créer des territoires plus « écolonomes ». Des territoires harmonieux d’un point de vue économique, social et environnemental. Les initiatives doivent pour cela être prises, non pas sous l’angle unique de l’aménagement du territoire, mais bien de manière transversale en considérant la mobilité, l’écologie, la sécurité, le commerce, etc.

 

Quand la Wallonie soutient les projets urbains mixtes

Créer les conditions favorables à la diversité des activités, voilà ce que prône le projet de Schéma de Développement Territorial (SDT) dans un chapitre complet dédié à la mixité fonctionnelle. Une conviction également défendue dans le Code du Développement Territorial (CoDT) et la dernière Déclaration de Politique Régionale (DPR).

De plus en plus, il est question de localiser, dans les centres urbains et ruraux wallons, des entreprises, des commerces et des services à même de s’inscrire dans le tissu bâti, pour assurer une bonne mixité des fonctions et réduire les déplacements des populations, et donc l’étalement urbain. Les bons outils et instruments pour œuvrer dans cette direction devraient suivre : la DPR parle, dans certains cas, de remplacer les plans de secteurs, ou du moins de les actualiser.

 

Développer la mixité à travers une vision urbaine collective

Pour nous, un projet mixte pourra voir le jour s’il est correctement appréhendé, à travers deux axes notamment :

  • Développer la compacité. Autrement dit, la diversité des usages dans la proximité. Chacun, autour de son lieu de résidence ou de travail, doit pouvoir accéder aux différentes fonctions évoquées dans cet article. Mettons aussi l’accent sur l’intensité des quartiers. Une zone densément peuplée peut très bien être vide de toute intensité, à l’image des banlieues françaises et de leurs tours d’habitation… L’objectif de la mixité est d’offrir une qualité de vie supérieure : la voilà, l’intensité du quartier.
  • Travailler les aménités urbaines. Et pour cela, stop au Top-Down ! Place aux approches participatives où tous les acteurs/utilisateurs du territoire – habitants, commerçants, travailleurs, étudiants, touristes – pourront exprimer leurs bonnes idées.

 

On peut alors parler de projets d’intelligence collective, reposant notamment sur des approches d’appropriation des espaces publics par la communauté comme le Placemaking. A chacun d’agir sur son espace ! On imagine ensemble. On co-crée. On (re)tisse des liens. Et pour cela, on étudie au démarrage du projet, et en impliquant les utilisateurs : à l’échelle de leur quartier, que leur manque-t-il pour que toutes les dimensions du Territoire soient intégrées ?

Il convient finalement, pour créer des projets mixtes ambitieux et durables (économiquement, humainement et environnementalement), d’extrêmement bien les analyser en amont et de développer des approches participatives.